Pratiquer une activité culturelle

Reprendre des forces,  reprendre confiance en soi, oublier, apprendre, se détendre : voilà l’utilité des pratiques culturelles. Pouvoir aller au cinéma, au musée, à l’opéra, au théâtre, lire un livre, jardiner, voyager, partir en vacances, dessiner, peindre, écrire…ça fait du bien ! Malheureusement, les adultes et enfants de milieux populaires y ont peu accès. Pourquoi ? Quelles aides existent ? Comment y remédier ?

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Pourquoi pratiquer une activité culturelle ?

Pourquoi est-ce important ? Parce que ces pratiques permettent de déconnecter, de reprendre confiance en soi, de s’élever, d’oublier ses problèmes … bref, de se sentir bien et de profiter de la vie. Les activités culturelles permettent aussi de mieux réussir à l’école, d’obtenir un diplôme plus facilement ou d’avoir plus de chances de réussir un entretien.

Pour oublier ses problèmes, se ressourcer 

Une femme SDF raconte : « La bibliothèque, cela m’aère l’esprit, le cerveau, j’oublie mes problèmes . Les problèmes, ils restaient là, c’est sûr, mais j’arrivais à les oublier pendant ce temps. J’ai fait cela pendant six ans. Les bibliothécaires m’ont vraiment aidée à reprendre pied. Et puis, j’ai commencé à montrer des livres à mon fils. Lorsqu’il est rentré à la maternelle, j’étais toujours dehors, et pourtant, mon fils, il savait déjà lire.  »

La culture permet de s’évader, de rêver, d’oublier. C’est important quand on est dans une situation difficile car ça nous permet d’arrêter de broyer du noir, de ne pas laisser tomber, de s’accrocher pour trouver des solutions.  Joseph Wresinski, fondateur de l’association ATD quart monde (Agir Tous pour la Dignité) expliquait que : « Ce que la misère détruit, la culture le reconstruit ». La culture permet en effet de « s’émanciper », de s’exprimer, de montrer qu’on existe.

La culture, lorsqu’elle est partagée avec d’autres, en égale dignité, permet à chacun d’être reconnu comme un être debout, un être de droits.

Pour se donner plus de chances de réussir dans la vie 

C’est prouvé, la pratique de la lecture par exemple, dès le plus jeune âge, aide à mieux réussir à l’école. Comme cette femme qui apprends à lire à son fils avant même qu’il entre en maternelle. La suite sera plus facile pour cet enfant. La lecture est en effet très importante à l’école, ainsi que l’écriture. Les enfants qui ont du mal à lire et écrire prennent beaucoup de retard scolaire.

D’après une enquête de l’AFEV (Association de la Fondation Étudiante pour la Ville), les enfants qui ont l’habitude de lire le soir avant de s’endormir comprennent mieux ce que l’enseignant leur demande (81% contre 63%). De même, les enfants qui ont l’habitude de partir le week-end participent par exemple plus facilement en classe (76% contre 59%). Ceux qui pratiquent un sport (78% contre 66%) ou une activité artistique encadrée (81% contre 69%) comprennent aussi mieux les consignes (81% contre 63%). Selon Eric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques), les enfants dont les parents leur lisent un livre ne serait-ce qu’une fois par semaine ont de meilleures performances ensuite en français.

De plus, les enfants de milieux aisés sont avantagés à l’école car ils ont plus l’habitude d’aller dans les musées, de lire les mêmes livres que ceux étudiés à l’école, de voir les mêmes pièces de théâtre que celles étudiées à l’école. Ils ont donc une avance sur le programme et réussissent beaucoup mieux, alors que d’autres enfants partent de zéro ; comme l’explique ce chercheur en neuros-ciences Stanislas Dehaene dans la vidéo ci-dessous. Cela ne veut pas dire que les personnes de milieux populaires sont moins cultivées. Au contraire elles sont aussi très cultivées, mais la culture enseignés à l’école n’est pas la même que celle qu’elles ont.

Les pratiques culturelles peuvent aussi permettre d’avoir plus confiance en soi, et donc d’avoir plus d’ambition ou plus d’aisance à l’oral pour passer un entretien. Ainsi, la pratique du théâtre permet de savoir s’exprimer facilement et aide à réussir un entretien par exemple.

On a tous le droit à la culture

Nous devons savoir que le droit à la culture est inscrit dans la déclaration des droits de l’homme qui régit toutes nos lois : « Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la Communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. »(Extrait  de l’Article 27 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen .)

Jean-Michel Lucas, consultant en droits culturels, explique que, depuis 2015, un référentiel des Droits Culturels a été introduit dans la loi. Toute politique culturelle doit permettre à chaque personne d’exprimer sa propre culture, c’est à dire sa manière de voir le monde. En même temps, elle doit permettre à tous.tes d’accéder et de partager des expressions culturelles diverses. « La culture, ce n’est pas des choses plus hautes ou plus belles que d’autres, c’est une diversité de choses différentes. La culture, c’est surtout des interactions, c’est la manière dont on fait humanité ensemble. En se posant toujours la question : est-ce que la personne a pu accéder à plus de liberté et de dignité ? »

L’inégal accès à la culture en chiffres

Selon L’observatoire des inégalités et Alternatives économiques : les inégalités sociales sont fortes : les personnes de milieux populaires sortent moins et lisent moins. Qu’il s’agisse de musée, de cinéma ou de théâtre, les écarts de pratiques entre milieux ne se resserrent pas. On note même une diminution très nette de la fréquentation des musées et du théâtre chez les employé.es. Et les inégalités se sont accrues sensiblement dans le domaine de la lecture entre ouvrier.es et employé.es, d’un côté, et cadres, de l’autre. « Les différences entre milieux sociaux ont eu tendance à se creuser au cours de la dernière décennie du fait du décrochage d’une partie des milieux populaires », explique Olivier Donnat. Entre 1997 et 2008, la part de non-lecteurs chez les employés a augmenté de 19 % à 32 %. Chez les cadres elle a augmenté de 7 % à 10 %. Des revenus au niveau de diplôme, en passant par l’histoire familiale ou l’habitude de fréquenter tels ou tels lieux, un grand nombre de facteurs s’imbriquent pour lier le milieu social et les pratiques culturelles.

Les inégalités géographiques sont également fortes : les habitants des grandes villes – de Paris en particulier – disposent d’une offre bien plus étoffée que ceux des espaces ruraux. 58 % des Parisiens sortent le soir pour aller au cinéma, contre 27 % des habitants des communes rurales. Un écart qui tient en partie à l’âge (en moyenne, les ruraux sont plus âgés) mais aussi à l’éloignement des salles. Des bibliothèques aux musées en passant par les théâtres, l’accès à l’offre et sa diversité sont réduits dans les zones faiblement peuplées.

Selon une enquête de l’AFEV, les inégalités sont très fortes entre les quartiers Politique de la ville et les centres-ville.  Les enfants qui vont à l’école dans les établissements du réseau d’éducation prioritaire fréquentent ainsi beaucoup moins les musées (35% contre 76%) et sont aussi beaucoup moins nombreux à se voir offrir des livres par leurs parents (44% contre 67%). En revanche, ils vont plus souvent dans des fast-food (38% contre 26%) ou dans des centres commerciaux (55% contre 46%), activités moins épanouissantes. Pour l’apprentissage de la botanique, on repassera: seuls 13% d’entre eux déclarent faire des balades dans la nature.

Plus inquiétant selon l’étude, une part importante de ces enfants (10 à 20%) est dans un état de « dénuement culturel important », affirmant « ne jamais partir en vacances » (12%), n’être « jamais allé à un spectacle, dans un musée ou au centre-ville » (10%), n’avoir « pas du tout de livres à la maison » (19%), et « n’avoir jamais reçu un livre en cadeau » (20%). 

Il y a aussi des chiffres positifs : il faut noter que certaines ressources extérieures sont très amplement utilisées par les enfants des quartiers prioritaires, et même légèrement plus, comme la bibliothèque. Ils les fréquentent à 50%, contre 47% des autres enfants.  Par ailleurs, un très grand nombre d’enfants a accès aux spectacles grâce à l’école –ils sont 72% à répondre « oui » à la question « Es-tu déjà allé à un spectacle avec l’école? »

Les inégalités sont grandes mais il existe des solutions

Le Secours populaires propose, à moindre coût, des sorties culturelles au cinéma, dans des musées, au théâtre, au cirque, dans des salles de concert.  Les Mairies peuvent aussi proposer des aides. Elles mettent souvent à disposition des infrastructures et du personnel permettant l’accès à des activités sportives et culturelles, à des tarifs souvent dérisoires. On y trouve, par exemple, les Maisons de la jeunesse et de la culture (MJC) ou les associations sportives, qui permettent de bénéficier d’équipements sportifs peu coûteux et de diversifier les sports. Renseignez-vous : certaines communes proposent des journées portes ouvertes ou des stages gratuits d’initiation à la rentrée ou pendant les vacances scolaires. Les écoles proposent de plus en plus d’activités périscolaires différentes et parfois même gratuitement.

Les centres-sociaux culturels proposent aussi des activités culturelles et sportives à bas prix pour les enfants et les jeunes. Les Espaces jeunes par exemple proposent des activités culturelles et sportives à petits prix, calculés selon le quotient familial (c’est-à dire selon les moyens de la famille). 

La CAF (Caisse d’Allocation Familiale) propose des aides pour financer les activités culturelles des enfants. Elle propose aussi des aides pour les adultes qui veulent pratiquer un sport par exemple. Sur demande des familles allocataires de la CAF, celle-ci envoie chaque année des tickets loisirs pour les enfants de 8 à 15 ans. Ils se présentent sous la forme de coupons détachables de 5 à 10 € au nom de l’enfant, pour environ 50 € en moyenne, utilisables ensemble ou séparément.  Ils peuvent être utilisés uniquement pour des activités sportives ou culturelles liées à une licence, un abonnement, une inscription ou une adhésion annuelle dans les établissements en partenariat avec la CAF ou même pour financer l’achat d’équipement ainsi que d’éventuels frais annexes. Les conditions d’attribution et le montant de chaque ticket loisirs varient selon le département et la région, alors renseignez-vous auprès de votre CAF pour savoir si vous avez le droit aux fameux tickets loisirs !

Votre comité d’entreprise ou celui de votre partenaire peut peut-être vous procurer des avantages sur les activités sportives et culturelles.

Et vous, arrivez-vous à pratiquer une activité culturelle? Si non, qu’est-ce qui vous en empêche? Comment y remédier ? Vous avez une proposition ? Des suggestions ? Des revendications ? Ecrivez-nous en commentaire ! Partageons-les pour les faire entendre et les rendre concrètes!

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