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Discriminations, exclusions... les effets très concrets du mépris social - Collectif POP

Discriminations, exclusions… les effets très concrets du mépris social

Les personnes de milieux populaires partagent également une autre condition de groupe social dominé  : le mépris social. Le mépris et le rejet viennent des autres groupes sociaux dominants, classes moyennes et milieux aisés…Ils prennent plusieurs formes. Des paroles, un manque de considération qui font mal sur le plan symbolique. Mais aussi des discriminations et des exclusions qui ont des conséquences très concrètes sur les lieux d’habitation, la mixité à l’école… Le mépris et le rejet sont aussi parfois intériorisés par les personnes elles-mêmes, qui se sentent inférieures. C’est pourquoi la lutte contre le mépris et le rejet, passe aussi par l’affirmation de fiertés populaires. 

Des violences symboliques 

Les milieux populaires sont constamment étiquetés de façon négative par les médias,  et les hommes/femmes politiques mais aussi leurs concitoyens. Traités de fainéants, de racailles, d’assistés, de profiteurs, de fraudeurs. Ils sont aussi souvent considérés avec condescendance dans leur façon de parler, de s’habiller, d’éduquer leurs enfants, de se tenir … etc. Dans les paroles et dans les actes, le mépris de classe s’exprime clairement. 

Ainsi, ces dernières années, plusieurs Présidents de la République de tous bords ont eu des propos de mépris social. Sarkozy parlant de « racaille » à propos des banlieues, Hollande qui aurait utilisé le mot « sans-dents », ou encore Macron, qui oppose « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Mais ces petites phrases et ces regards de travers sont aussi au quotidien… A l’école, les relations avec les professeurs ne sont pas toujours sans mépris. Avec le voisinage, au travail, dans des commerces, dans la rue, il arrive aussi d’être snobé, pris de haut ou regardé de travers…

Des discriminations 

Pour nommer ce mépris envers les milieux populaires et les pauvres en particulier, l’association ATD Quart Monde a créer le mot « Pauvrophobie ». Il ne s’agit pas que des mots négatifs utilisés envers les pauvres et les milieux populaires. Il s’agit aussi de nommer aussi les discriminations qu’ils subissent. Parce que vous êtes pauvres on va refuser de faire respecter vos droits et de vous attribuer un logement ou une CMU. On va vérifier tout vos comptes dès que vous touchez le RSA considéré comme suspect, etc. Le fait d’habiter dans un quartier populaire peut rendre votre candidature bien moins attirante. Cela rajoute souvent des difficultés et participe à la galère quotidienne …

Ces discriminations sociales se croisent souvent avec des discriminations raciales, de genre ou de religion. N’oublions pas que les femmes sont plus souvent sur des emplois populaires. Les personnes étrangères, immigrées ou « issues de l’immigration » font aussi souvent partie des milieux populaires. Or, ces populations subissent de nombreuses discriminations du fait de leur genre ou de leur origine présuposée. Discriminations à l’embauche, mépris, insultes, agressions… Pour les jeunes hommes en particulier, les multiples contrôles au faciès renforcent l’humiliation symbolique. Les violences aux femmes voilées se sont aussi multipliées ces dernières années.

Des exclusions

Ces discriminations peuvent aboutir à de réelles exclusions : des beaux quartiers, des meilleurs établissements scolaires, du travail, … En effet, les discriminations touchent tous les domaines du quotidien.

  • A l’école : on ne propose pas la même orientation scolaire aux enfants issus de milieux populaire ou supposés d’origine étrangère. Ainsi, ce sont toujours les enfants de l’élite qui accèdent aux meilleures écoles, et donc aux meilleures professions. De plus, il existe aussi une barrière financière, car les études sont parfois difficiles à financer, même avec une bourse. Et certaines écoles sont payantes et hors de prix pour des personnes pauvres.
  • Au travail : Par exemple, selon notre couleur de peau ou notre sexe, on a moins de chance d’être embauché. A travail et diplôme égal, une femme est moins payée qu’un homme.
  • Pour l’accès au logement : selon notre « origine » supposée, on peut nous refuser la location ou la vente d’un logement (« l’appartement est déjà loué »). Ou bien nous demander des conditions financières plus exigeantes et des garanties exigées. Les prix des loyers créent des ghettos de riches et de pauvres. Mais il y a aussi des populations qui s’évitent. Les classes moyennes évitent d’habiter dans des quartiers pauvres. Les riches font en sorte de ne rester qu’entre eux. Les mobilisations contre la construction de logements sociaux sont nombreuses. Les milieux populaires sont ainsi exclus des villes aisées et des beaux quartiers.
  • Par les administrations publiques : celles qui devraient pourtant être exemplaires ne traitent pas tous les citoyens en égaux. Les agents des administrations publiques traitent souvent les personnes issues de milieux modestes avec mépris. Elles font parfois exprès de compliquer les démarches. Les étrangers sont particulièrement visés, mais également les personnes qui ont droit aux RSA, aux aides sociales, etc.
  • Pour l’accès aux loisirs : de nombreuses personnes se voient refuser l’entrée en boîte de nuit par exemple, uniquement à cause de leur apparence physique.

La discrimination à l’embauche en chiffres

En 2016, une enquête a été commandée par le ministère du travail et réalisée conjointement par la DARES (direction études et statistiques du ministère) et l’association ISM Corum, spécialisée dans la prévention des discriminations. Elle a permis de prouver que la discrimination à l’embauche était importante. 

La Dares et ISM Corum ont envoyé 3 000 candidatures à quarante entreprises employant plus de 1 000 salariés chacune. Pour éviter tout biais, des profils féminins, masculins, cadres ou employé, avec ou sans expérience ont été créés. Ainsi, explique la Dares, « 147 paires de candidatures différentes » ont été envoyées aux entreprises testées.

D’avril à juillet 2016, cette grande campagne de « testing », c’est-à-dire de tests par l’envoi de candidatures fictives, a révélé qu’un nom à consonance maghrébine pouvait être un sérieux frein à l’embauche. Ainsi, selon l’étude, le taux global de réponses positives reçues par une candidature « maghrébine » est de 9 %, contre 20 % pour les candidatures « hexagonales ». Soit onze points d’écart.

L’aliénation 

Le pire dans tout cela c’est que ce mépris et ce rejet sont parfois intériorisés. Les personnes de milieux populaires se sentent effectivement inférieures. Elles justifient ainsi elles-mêmes ou acceptent leur situation dégradée et la domination des autres groupes sociaux. Elles croient que leur situation est normale et « méritée ». C’est ce qu’on appelle la domination symbolique. C’est aussi le résultat de l’illusion du mythe méritocratique, très fort en France.

C’est pourquoi, face à cela, il est important de pouvoir affirmer des formes de fiertés populaires. L’humour, l’art, la fête, l’engagement sous toutes ses formes… sont autant de façon de retrouver de la fierté et d’affirmer sa valeur.

Et vous, avez-vous déjà ressenti un mépris de classe ? Avez-vous connu des discriminations, des exclusions? Comment y résistez-vous ? Racontez-nous tout ça en commentaire !