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Pénibilité, précarité ... le travail qui abîme, lot commun des milieux populaires - Collectif POP

Pénibilité, précarité … le travail qui abîme, lot commun des milieux populaires

La condition populaire a tendance à abîmer, user ceux qui la subissent, pour des raisons très diverses. Notre travail, lorsque nous arrivons à en avoir un, est marqué par des  bas salaires, des tâches usantes physiquement et psychologiquement, et une condition subalterne. Nous subissons aussi les effets de la précarité et du chômage de masse. Or la pénibilité et la précarité ont des conséquences directes sur notre corps et notre moral … En fin de compte, c’est notre durée de vie et notre  santé qui sont réduites !

 

Des métiers pénibles et subalternes, qui usent et qui abîment

Pour les hommes et les femmes qui exercent des métiers employés et/ou ouvriers, la vie de travail est surtout marquée par :

  • des bas salaires,
  • des tâches souvent usantes physiquement mais aussi psychologiquement,
  • une position subalterne, à travers par exemple le contrôle du travail et les exigences de productivité. Les situations de job strain ou tensions au travail liées à de fortes exigences et au manque de ressources pour y faire face sont plus répandues dans les professions subalternes.

Être ouvrier.e ou employé.e dans l’industrie comme dans les services, c’est aussi subir le temps des autres. Celui des supérieur.es hiérarchiques, des actionnaires, des client.es et des usager.es. Or on sait aujourd’hui qu’il est important d’être « son propre maître », dans la vie comme au travail, pour la confiance en soi et le bien-être. D’ailleurs, l’autonomie fait partie des valeurs qui tiennent le plus à cœur de français 1.

C’est en outre faire face à une incertitude constante sur l’avenir. Cela est l’effet de la précarité de l’emploi,mais aussi des conditions de travail au quotidien. Les horaires du travail atypiques ou décalés sont fréquents. Ils peuvent aussi changer régulièrement, ne sont pas souvent choisis. Or ils contraignent les formes de la vie familiale et personnelle.

Une précarité qui se renforce

A cela s’ajoute, un difficile accès au travail, source de précarité. Ainsi, on peut aussi identifier toutes les personnes qui n’accèdent que partiellement au travail. Nombreux sont ceux qui enchaînent les petits boulots et les périodes à vide sans jamais atteindre la stabilité.

Les personnes les plus touchées sont celles qui sont les moins diplômées, mais aussi les jeunes et les femmes. Par exemple, plus d’1 jeune sur 4 de moins de 25 ans est au chômage (alors que la moyenne est à 10%). Les femmes sont en moyenne moins rémunérées et occupent plus souvent des emplois à temps partiels. Selon le centre d’observation de la société, 78% des postes à temps partiels sont occupés par les femmes. Tout temps de travail confondus, les hommes gagnent 23,5% de plus qu’elles.

Au total, l’INSEE estime que 3,2 millions de personnes occupent un emploi précaire (CDD, intérim, stage, apprentissage). Cela représente 12,3% des emplois. A cela est ajouté parfois le temps partiel subi. Celui-ci représente entre 27% et 29% des personnes en temps partiels en France.

Un difficile accès au travail 

Avec 4 % de chômeurs, les cadres supérieurs restent largement épargnés par la crise. Ce n’est pas le cas des ouvriers non qualifiés, dont le taux de chômage s’élève à 20 %, celui des employés à 10,2 %. Des générations entières de populations peu diplômées – nées à partir de la fin des années 1960 – n’ont connu que le chômage de masse. Pour ces milieux populaires, il ne s’agit plus de « crise » mais d’un déséquilibre profond et durable. Un nouveau régime s’est installé sur le marché du travail.

Cette situation est particulièrement marquée pour les jeunes peu qualifiés. La crise a particulièrement frappé les milieux populaires. Entre 2008 et 2015, le nombre de chômeurs a augmenté de 911 000. Parmi eux, 514 000 (soit plus de la moitié des chômeurs supplémentaires) étaient ouvriers ou employés, contre 163 000 professions intermédiaires et 68 000 cadres supérieurs.

En plus de cela, il faut également compter le nombre de personnes qui ne sont pas dans les chiffres du chômage et qui pourtant n’ont pas d’emploi. En 2016 on compte 2,9 millions de chômeur.ses recensés au sens du BIT. Pôle emploi en compte, avec une autre méthode, 3,5 millions en catégorie A. A ces personnes, s’ajoutent 1,4 million de personnes sans emplois qui recherchent un travail mais qui ne sont pas dans les statistiques…Parce qu’elles sont indisponibles temporairement ou découragées. On appelle cela le « halô du chômage ».

Le résultat sur la santé : « une question de vie et de mort »

Ces conditions de travail mais aussi de logement, ne sont pas sans conséquences sur la santé. La mortalité au travail des employés et des ouvriers est plus élevée. Ils sont aussi plus exposés aux maladies et accidents professionnels. En effet, la plupart des métiers dangereux sont des métiers populaires. L’Observatoire des inégalités souligne aussi le rôle néfaste des périodes de chômage et de précarité. Celles-ci « lorsqu’elles se prolongent, peuvent aboutir à la combinaison de troubles physiques, psychiques et de comportements à risque (problèmes d’addiction notamment). »³ Ainsi, les addictions tels que l’alcoolisme, liées aux problèmes sociaux, pèsent fortement sur la santé. De même, l’obésité touche beaucoup plus les employées et les ouvrières que les femmes cadres. Cela est notamment lié aux rythmes de vie déstructurés, au stress et à la dévalorisation de soi liées à la précarité.4

Au final, la différence est forte en termes d’espérance de vie. Pour la période 2000-2008, à 35 ans, les hommes cadres pouvaient espérer vivre 7 ans de plus que les hommes ouvriers. Les différences entre hommes et femmes sont nettes. Les hommes ouvriers sont les plus frappés. Au delà de l’âge de la mort,  l’espérance de vie en bonne santé est également plus faible. Les ouvriers notamment connaissent plus d’années d’incapacité. Ainsi, les employé.es et ouvrier.es sont  plus exposés  à la vieillesse en situation de dépendance.

Bref, comme le dit l’écrivain Edouard Louis, le travail, pour les personnes de milieux populaires, c’est « une question de vie et de mort ! » 5.

Pour aller plus loin : nos références

  1. … source étude Pierre Béchon 2016
  2. ….donner la source des différentes stats sur l’emploi et le chômage ?
  3. Sur le sujet de la santé, voir cet entretien avec Mireille Elbaum, Les inégalités sociales de santé, une question politique oubliée, publié sur le site de l’Observatoire des Inégalités, le 3 avril 2007
  4. Sur les causes de l’obésité dans les milieux populaires, voir la conclusion de ce rapport du Crédoc, Les populations modestes ont-elles une alimentation déséqulibrée?, paru en 2006
  5. entretiens avec Edouard Louis, écrivain, auteur de Qui a tué mon père, publié sur Mediapart le 16 mai 2018 « J’ai voulu écrire l’histoire de la destruction d’un corps », ou encore Sur Reporterre La politique est une question de vie et de mort, le 30 novembre 2018