Employé.es, ouvrier.es… Les milieux populaires ne sont pas une minorité !

Défendre les milieux populaires, c’est notre projet… Mais, de qui parlons-nous? Et bien, nous parlons tout d’abord d’une catégorie socio-professionnelle : les employé.es et les ouvrier.es. D’un point de vue statistique, il s’agit de plus de 50% de la population. Les milieux populaires sont majoritaires! Certes, parmi cette majorité, il existe des situations différentes : modestes, pauvres ou très pauvres. Si on est hommes ou femmes ; blancs ou de couleur, la donne change aussi… Mais des difficultés, un vécu, des cultures  nous rassemblent. (Re) découvrez qui nous sommes!

Qui fait partie des milieux populaires ?

Concrètement, les personnes faisant partie des milieux populaires sont caractérisées  par leur position socio-professionnelle. Il s’agit essentiellement des ouvrier.es et des employe.es, peu diplômé.es.  En 2012-2014,  cela représentait plus de la moitié des 25 millions d’emplois en France¹. Il s’agit d’emplois tels que : agents d’entretien, agriculteurs, vendeur.ses, conducteurs de véhicules, employé.es administratifs, secrétaires, comptabilité, bâtiment et travaux publics, aides soignantes, aides à domicile, aides ménagères, assistantes maternelles, policiers, militaires et pompiers, hôtellerie et restauration, manutention, réparation automobile, coiffeuses, esthéticiennes, ouvriers des industries du process, de la métallurgie, du textile, du bois et de l’ameublement, agents de gardiennage et de sécurité, bouchers, boulangers, charcutiers, ouvriers artisanaux…

Parmi ces catégories, on compte aussi des personnes sans emploi, ou en situation de précarité : chômeurs ou allocataires de minimas sociaux, intérimaires, CDD, temps partiels, étudiants pauvres, femmes seules avec enfants, petits retraités, etc.

Il y a aussi des personnes dans une très grande misère, comme les SDF (dont 25% ont un emploi, il ne faut pas l’oublier), les personnes qui vivent dans des bidonvilles, les gens du voyage.

Combien de personnes sont concernées en France ?

D‘un point de vue socio-professionnel, l’INSEE et L’observatoire des inégalités intègrent dans la catégorie « classe populaire » toutes les personnes appartenant aux Catégories Socio-professionnelles Ouvrier et Employé (dont les métiers cités précédemment), qui représentent 50% des actifs.

Les classes populaires sont également identifiables, en France, en fonction de leur lieu d’habitation. Il s’agit de quartiers de logement social proches des villes, logements insalubres ou dégradés en ville, pavillons en péri-urbain ou à la campagne. Les géographes Christophe Guilly et Christophe Noyé calculent sur ces critères, un indicateur de fragilité sociale. Ils  estiment que cela représente 65% de la population française².

A ne pas confondre : niveaux de revenus et catégorie sociale

Si on ne tenait compte que des revenus, on pourrait comme l’Observatoire des inégalités, fixer arbitrairement le seuil des classes populaires à 30% de la population (<1245 euros/mois/personne en 2015), les classes moyennes à 50% de la population au milieu (entre 1 245 et 2 259 euros/mois/personne), et les classes supérieures au 20% les plus pauvres (au dessus de 2259 euros/personne/mois). Cela a le mérite de pouvoir discuter des revenus de chaque groupe. Mais cela constitue un seuil « arbitraire », qui comme le dit l’Observatoire lui-même, ne tient pas compte des autres éléments, comme la profession ou du diplôme par exemple. Il s’agit plus de pouvoir savoir qui gagne combien, qui est pauvre, qui est riche et à partir de combien de revenus.

Des situations différentes au sein des milieux populaires

Certes, derrière cette catégorie commune, il existe des situations différentes. Ainsi, on peut distinguer :

  • une situation modeste : avoir des revenus modestes, parvenir juste à boucler les fins de mois, mais s’en sortir tout de même. On peut par exemple être un couple d’ouvriers à la retraite qui a pu acheter sa maison.
  • la pauvreté. Cela implique d’avoir des revenus trop justes, et d’être dépendants de l’assistance publique. Cela induit une difficulté à satisfaire les besoins importants (alimentation, logement, chauffage, éducation…)
  • la très grande pauvreté ou misère. Elle se caractérise par un manque avéré de ressources nécessaires à la survie quotidienne.Cela signifie mal-nutrition, pas de logement ou logement insalubre, manque de vêtements, pas de soins, pas d’accès à l’école… Comme les SDF ou les gens en bidonvilles par exemple, dans les pays développés.

D’autres facteurs créent des différences de situations. Le fait d’être jeune, une femme, d’origine immigrée, de couleur ou de certaines religions suscite des formes de discriminations et d’exploitations qui s’ajoutent à celle de la classe. Ainsi, les femmes gagnent moins et subissent plus le temps partiel, les personnes de couleur ou de religion musulmane sont plus discriminées à l’emploi ou pour le logement, et plus victimes de contrôles au faciès.

Le sentiment d’avoir des points communs … au delà des étiquettes

Mais au delà de ces différences, notre vécu, nos conditions de vie nous rapprochent. Galère, pénibilité et précarité, mépris et rejet, manque d’avenir sont notre lot commun. Nous pouvons aussi passer de l’un à l’autre à différents moments de notre vie. Enfin, nos façons de résister nous rapprochent aussi : débrouille et entraide, détente, contre-cultures, combattivité… Car nous faisons face à des difficultés qui se ressemblent 4.

Dit autrement, en sociologie, les « milieux populaires » ou « classes populaires », sont caractérisées par « une position matériellement et culturellement dominée dans notre société, et dont les chances de vie et des conditions de vie sont marquées par un espace des possibles relativement restreint »³. Avec nos mots, ça marche aussi ;)!

Toutes ces catégories et ces définitions ne sont pas toujours complètes. Parfois nous n’avons pas le sentiment qu’elles nous correspondent. Nous n’aimons pas toujours être « mis dans des cases » non plus. Pourtant nous gardons le sentiment que nous avons des points communs, dans nos façons de vivre, parfois de parler. Nous sommes touchés de la même façon quand les médias et les politiques nous discriminent.

C’est ce qui fait que nous formons un collectif. Et le but de notre association, c’est justement de rendre visible ce collectif. C’est le projet du Collectif Pop.

Des questions, des précisions, des remarques, des critiques ? N’hésitez-pas, dites-le nous en commentaire!


Pour aller plus loin … Nos références

1 les statistiques et la liste des familles professionnelles des catégories employé.es et ouvriers viennent de cette étude publiée par le ministère du Travail et de l’Emploi : DARES, portraits statistiques des métiers, 1982-2014 / fichier dynamique de l’emploi. Les données utilisées sont issues de l’enquête emploi de l’INSEE.

² cette estimation de la part des classes populaires en France est celle du géographe Christophe Guilly, dans son livre La France périphérique, comment on a sacrifié les classes populaires, paru en2014 chez Flammarion, chapitre 2. Ce chiffre est le résultat du calcul d’un indicateur de « fragilité sociale », caractéristique des milieux populaires d’après lui, qu’il a crée avec le géographe Christophe Noyé.

³ définition du sociologue Olivier Schwartz, dont on peut lire par exemple cet article, Peut-on parler des classes populaires?, du 13/09/2011, publié sur Laviedesidées.fr 

4 sur les points communs et les différences de situation, on peut lire par exemple le compte-rendu de ce débat entre Youcef Brakni (du collectif Justice pour Adama) et Edouard Louis (écrivain), Quartiers populaires en banlieue et monde rural délaissé, similitudes et différences, qui a eu lieu le 27/11/2018 à Bagnolet, en Ile-de-France.